Mizzurna Falls (1998 – Aventures)

MIZZURNA FALLS

1998
Studio : Human Entertainment
Editeur : Human Entertainment
Genre : Aventures
Multijoueur : Non
Joué et testé sur : Émulateur
Existe sur : Playstation

Synopsis : Matthew, un jeune adolescent sans histoire dans la ville de Mizzurna Falls au Colorado, va enquêter sur la disparition de deux de ses camarades de classe, découvrant petit à petit le sombre passé de ces personnages et de la ville, avec son lot de drogues et d’étrangetés.

Si je vous dis Twin Peaks et jeu vidéo, vous pensez immédiatement Deadly Premonitions. Si je vous dis Human Entertainment et Playstation, vous pensez immédiatement à Clock Tower. Alors prenons quelques instants pour replonger en 1998. Human Entertainment, développeur créé en 1983, ne va pas très bien. Ils fermeront d’ailleurs leurs portes en Janvier 2000. Une sacrée manière de passer dans le nouveau millénaire. En 1998, le studio va en fait déjà mal. Et ce n’est pas la sortie du spin-off Clock Tower : Ghost Head en Mars en Amérique et au Japon qui va arranger les choses. Le studio redouble pourtant d’efforts, et lance le 23 Décembre 1998 au Japon uniquement Mizzurna Falls. Un jeu qui jamais ne franchira les frontières de son pays d’origine, et qui peut être vu comme le dernier grand jeu de Human Entertainment. Un jeu qui prend des risques, puisqu’il n’y a pas de point & click ici, mais surtout un jeu précurseur. Mizzurna Falls, c’est un jeu d’aventure en open world dans lequel le joueur, incarnant le jeune Matthews, va enquêter sur la disparition de camarades de classe dans sa petite ville tranquille qui cache bien des secrets. Oui, du Twin Peaks en gros, l’agent du FBI en moins. Open world, enquête sur plusieurs jours qu’il est donc possible de rater, liberté d’action et de déplacement, voilà des mots qui sont ultra rares en 1998, surtout quand ils sont au service d’un jeu qui a une vraie histoire et quelque chose à raconter. C’était pourtant le pari de Mizzurna Falls.

Un jeu ambitieux, extrêmement ambitieux même étant donné son époque de développement et les consoles actuelles (la première Playstation). Une jeune fille, Emma, qui menait une double vie a donc disparue, et c’est à nous de percer le mystère, qui commence le 25 Décembre lorsque le téléphone nous réveille et que l’on apprend la disparition d’Emma par sa mère. Mettons les choses au clair dés le départ. Oui, Mizzurna Falls est un jeu Playstation, et un jeu trop ambitieux. Entre les routes, la ville que l’on peut explorer, les nombreux décors tous en 3D intégrale, les nombreux personnages… Le jeu gagne en générosité ce qu’il perd en qualité technique. Les personnages ont des têtes cubiques (pas que, pareil pour leurs bras et jambes), les décors sont parfois approximatifs, les déplacements du personnages semblent bien robotiques par moment, dans toutes ses animations, même lorsqu’il tourne sur lui-même. Techniquement, ça a donc pas mal de défauts, auxquels on pourra rajouter quelques textures approximatives, d’autres qui deviennent invisibles. Et pourtant, après à peine quelques pas dans l’univers du jeu, quelque chose nous frappe. Nous sommes devant une aventure que l’on n’a pas encore l’habitude de voir. Avancer librement et parler avec qui l’on veut, avoir une aventure tout en 3D mais totalement cinématographique dans son rendu et son ambiance.

Et si techniquement, les défauts sont là, énormément de petits détails s’invitent dans les différents lieux, ou même avec les personnages, et pour peu que l’on tombe sous le charme, nous voilà plongé dans une longue aventure. Quelques pas dehors et nous voilà plongé dans la ville recouverte de neige. D’ailleurs, la neige tombe toujours, constamment. La musique débarque et prend des tons très mélancoliques. Puis quelques pas plus loin, et nous voilà en train de penser à Shenmue ou Yakuza, avant l’heure encore une fois. On se rend compte que Mizzurna Falls, en plus de posséder une ambiance unique, semble avoir énormément influencé d’autres développeurs par la suite, qui eux auront bénéficiés d’un succès et d’une renommée, tandis que le titre de Human Entertainment restera dans l’ombre, encore aujourd’hui. Si bien que tous les défauts du titre deviendront finalement attachants. Le design des personnages et leurs noms, le côté monde ouvert, l’apparition parfois soudaine de bruitages over the top. Même les quelques ralentissements du titre, logiques vu son ambition, ne dérangent pas tant que ça. Une fois les bases mise en place, c’est au joueur de se démerde pour résoudre l’enquête, en explorant les différents lieux, et ils sont nombreux, allant du poste de police au café du coin, le lycée et j’en passe. En interrogeant les habitants qui comme dans d’autres jeux bien plus tard, ont leur propre emploi du temps.

Car oui, bien que datant de 1998 et de la première Playstation, Mizzurna Falls introduit déjà un système de temps. L’heure défile, la nuit peut tomber, les jours défilent peu importe ce que fera le joueur, et il faudra donc résoudre l’enquête en un temps donné. Et croyez moi, pour l’époque, c’est totalement fou ! Et le joueur s’attachera à Matthews, qui débute l’aventure juste comme un simple étudiant qui débute une journée normale, et c’est ce qui le rend attachant, on le comprend, on arrive à se mettre à sa place, et du coup le jeu nous happe dans son intrigue. On explore, on interroge, on découvre de nouveaux lieux, on fait parfois des découvertes ou l’on se retrouve devant un ours en pleine forêt. Et c’est grâce à ces événements surprenants, ses personnages attachants ou même son aventure dans un monde ouvert impressionnant pour l’époque (malgré le fait que la distance d’affichage a parfois du mal) que si l’on ne parvient pas à résoudre le mystère lors de notre premier run, on retourne avec plaisir dans cette petite ville pour continuer d’explorer.

Comme je vous l’ai dit, l’histoire se déroule sur plusieurs jours, et si le joueur ne trouve pas assez de preuves et de pistes, c’est la fin, mais la mauvaise fin. Pour réussir, il faut trouver les bonnes pistes, parler aux bonnes personnes, et parfois au bon moment. Si bien que l’on a l’impression d’errer dans un environnement vivant, et non pas un environnement qui attend bêtement le joueur. Et même l’échec dans Mizzurna Falls n’est pas désagréable, puisque l’on a l’impression de comprendre un peu plus l’univers dans lequel on évolue. C’est bête, mais le simple fait de prendre sa voiture et de se balader, et de croiser une voiture où un chauffeur a clairement été modélisé, cela donne un environnement vivant. Si on se ballade hors de l’histoire, les habitants vivront leur vie, l’on assistera à des petites scènes à part. Comme dans Deadly Premonitions des années plus tard, il faudra surveiller l’essence de sa voiture sous peine de tomber en panne, et si tel est le cas, le joueur devra appeler une dépanneuse. En fait, Mizzurna Falls est un jeu complet, pensé dans ses moindres petits détails. Et c’est encore plus impressionnant lorsque l’on sait que l’équipe de Human Entertainment, jamais grande, était encore plus minuscule à l’époque. Et ironiquement, c’est sans doute pour cela que malgré ses ambitions, Mizzurna Falls n’a pas franchit les frontières du Japon et passa totalement inaperçu. Car oui, ambitions ou non, c’est un petit jeu, par un petit développeur, dans un genre pas encore en vogue. Et c’est dommage !

Les plus

Incroyablement ambitieux
Une ville vivante
Une narration agréable

Les moins

Techniquement, pas mal de défauts
Inédit en dehors du Japon

En bref : Mizzurna Falls est un jeu unique, empruntant beaucoup à Twin Peaks, et qui influença, volontairement ou malgré lui, de nombreux jeux par la suite : Shenmue, Yakuza, Deadly Premonitions. L’aventure est unique et en avance sur son temps, et tout à fait attachante.

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